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Parcours atypique ( première partie )

Posted 10-26-2007 at 12:19 PM by Lina
Updated 03-05-2008 at 09:39 AM by Lina
Sous-titre possible de ce post : "comment le système universitaire français, déjà compliqué, peut se révéler plus compliqué encore".

Autre sous-titre possible : "pourquoi ma famille s'est tacitement passé le mot pour ne jamais me demander ce que je fais actuellement comme études".


Commençons par un "coming out" : j'ai déjà dit que j'étais, en plus de la fac, dans une Grande Ecole française. En l'occurrence, je suis à l'Ecole Normale Supérieure de Paris. J'expliquerai plus tard ce que c'est que tout ça ( d'où le "première partie" du titre ). Tout ce que vous avez besoin de savoir pour le moment, c'est qu'on y accède après avoir passé un concours : dans mon cas, ils ne prenaient que les 75 meilleurs. J'ai eu la chance d'en faire partie il y a deux ans.

Ce concours étant dur ( ne serait-ce que parce qu'on est 1500 environ à le présenter ; on comprend tout de suite pourquoi les places sont chères ), on le prépare dans des classes spéciales, appelées, précisément, "classes préparatoires aux Grandes Ecoles". Cela se fait en au moins deux ans, après le bac, au sein d'un lycée, même si on n'est plus lycéen, puisque bachelier.

On entre en prépa sur dossier. J'ai fait la mienne au lycée Pothier d'Orléans ( l'état du site évoque très bien celui du lycée ), en littéraire.

Le nom officiel des prépas littéraires est "Lettres supérieures" pour la première année, "Première supérieure" pour la seconde. Dans la pratique, à part l'administration, tout le monde dit respectivement "hypokhâgne" et "khâgne". K'es accó ? La petite histoire remonte aux guerres napoléoniennes ( soit au début du XIXème siècle ; les Grandes Ecoles ont, en général, été créées soit pendant la Révolution française, comme la mienne, soit par Napoléon Ier, comme Polytechnique ) : mobilisation des hommes en âge de porter les armes, notamment des jeunes, notamment des élèves des Grandes Ecoles ( tous des garçons, à l'époque ). Et il se trouve que, lors des revues de troupes, les polytechniciens ( Polytechnique est une école scientifique et à organisation militaire ; c'est pour cela qu'ils défilent en uniforme sur les Champs Elysées, le 14 juillet ) se moquaient des normaliens ( Normale Sup' : école majoritairement littéraire et pas du tout à organisation militaire ; nous, le 14 juillet, on reste au lit et on a pitié des pavés de la Plus Belle Avenue du Monde ), en disant qu'ils avaient les genoux cagneux, c'est-à-dire tournés en dedans. Au début, l'insulte a dérangé les normaliens, puis ils ont repris le mot à leur compte en ajoutant "kh" et un accent circonflexe sur le "a", pour lui donner un air de grec ancien ( et faire la nique aux polytechniciens ). D'où "khâgneux", qui a d'abord désigné les normaliens, puis ceux qui préparaient le concours de Normale. "Khâgne" est devenu le surnom de la classe de deuxième année ; "hypokhâgneux" et "hypokhâgne" sont apparus ensuite pour la première année, le préfixe "hypo" signifiant "en dessous de" en grec.

Les classes prépa sont donc des équivalents de la première et deuxième année de fac, voire de la troisième année, pour ceux qui, comme moi, ont refait une deuxième année. Vu les places au concours, d'ailleurs, 90 % environ des préparationnaires littéraires se retrouvent ensuite en fac. A quoi ça sert, donc, me direz-vous ? Eh bien, tout d'abord, on suit un cursus généralisé, ce qui veut dire qu'on n'abandonne presque aucune matière de terminale : français, langues vivantes, histoire-géographie, philosophie, langues anciennes. Pour vous donner un exemple, en français, on étudie tout la littérature, du Moyen-Âge à nos jours, quand, à la fac, ils voient, mettons, six oeuvres dans l'année. Ensuite, le concours étant dur, on bosse beaucoup. Vraiment beaucoup. Mais du coup, on acquière une capacité de travail à vous faire déplacer des montagnes ; j'avais des copines de fac qui paniquaient parce qu'elles avaient un mois pour faire un dissertation de français, ce qui me faisait rigoler sous cape ( et un peu jaune, je dois l'admettre ) : je n'avais qu'une semaine et demie pour rendre ma dissert' de philo.

Ceci dit, je garde vraiment de bons souvenirs de mes années de prépa. Trop long à raconter ; pour ceux que cela intéresserait, ma meilleure amie et moi avons écrit une épopée des khâgneux ( intitulée "Varade", sur le modèle de l'Enéide et de l'Iliade ; "varus", en latin, signifie "cagneux" ), qui se trouve ici. Si vous vous promenez sur le reste du forum, vous tomberez très certainement sur certaines de mes Lamentations et sur mon Refrain Favori lorsque j'étais en prépa : "j'm'en va élever des chèvres en Irlande ; ce sera plus gratifiant".

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