Salut !
A vrai dire, je ne suis pas tout à fait sûre non plus qu'il ait voulu employer le "sens technique" ( encore qu'il fasse référence à "Occident", qui est bel et bien un groupe d'extrême droite ), mais je dois bien avouer que je me méfie tout autant de ce genre d'emploi "abusif" ou "évocateur", parce que ça revient toujours plus ou moins à "banaliser" ce qu'il y a derrière et à oublier ce que c'est vraiment. Il y a des mots plus
précis et tout à fait adaptés au cas du "petit Nicolas" ( personnellement, j'ai une faiblesse pour "démagogue", même si ça m'évoque plus ce grand artiste de music hall qu'est Berlusconi

) : pourquoi ne pas les utiliser ? En plus, comme il n'est pas fasciste, c'est aussi risquer d'être immédiatement taxé de tendance à l'exagération et donc de perdre, dès le début, une bonne part de crédibilité. Or c'est bien de ça dont ont besoin les "gauchistes mous".
Moi non plus, je n'envisage rien de violent, si ce n'est de ne jamais plier en cas de dérive ( j'avais beau ne pas être majeure en 2001, j'étais dans la rue et je dois bien avouer que j'ai une certaine appréhension à l'idée des prochaines
présidentielles ). Mais je demeure persuadée qu'une solution est non pas de "débattre sereinement", mais montrer ce qui se passe derrière cette rhétorique. Les gens sont intelligents, il suffit juste de leur parler comme tels pour qu'ils s'en rendent compte.
Tu as bien montré que ces votes d'extrême droite ( à mon avis, l'extrême gauche est relativement hors course de nos jours, si ce n'est comme vote défouloir de gauche ) ne sont pas des votes de raison. Pour rester dans les termes psychanalytiques, il me semble que cela relève plutôt d'un abandon au "ça" ( i.e., en gros, aux bas instincts, à l'animalité, ce qui n'est pas tout à fait la même chose que l'inconscient ). Une des explications de l'augmentation des votes pour le FN, ce n'est pas qu'il y a plus de Français racistes ou sensibles aux thèses de Le Pen, mais qu'ils sont effectivement moins inhibés à ce sujet. Or ils savent très bien que ces thèses en questions et les idées qu'elles véhiculent n'ont aucun rapport avec la raison et donc ne sont pas vraiment crédibles ni légitimes, sinon ils ne le diraient pas tout bas. Les partis d'extrême droite jouent en effet beaucoup sur l'irrationnel et il y a beaucoup de fantasmes dans ce qu'ils disent. En débattre peut être un moyen de lutter, mais cela revient aussi à les considérer comme valables et à leur donner, en quelque sorte, une légitimité, alors que montrer ce qu'elles impliquent, comment elles se contredisent et sur quels fantômes elles reposent, non seulement permet de les démonter et de les contrer, mais aussi ramène de la rationalité, ce qui empêche de céder aux fantasmes et aux pulsions du ça. Les
préjugés ne s'effacent pas en une heure de débat, c'est vrai, mais ce ne sont pas tant des
préjugés qu'il faut combattre, mais une tendance à l'irrationel : c'est donc d'explications rationnelles, face à des gens qu'on considère comme intelligents, dont on a besoin.
Ceci dit, ça ne change rien au problème Sarkozy, parce que ça ne l'empêchera pas de continuer à jouer là-dessus pour arriver au pouvoir. En plus, il est vraiment très fort question médias. Je l'ai vu débattre avec Le Pen à la télé et c'était vraiment impressionnant : même le "Menhir" avait du mal à trouver comment le prendre et pourtant, c'est un spécialiste du retournement de situation...