Il me semble qu'il ne faut pas tout confondre : les mots ont un sens et ne pas les utiliser à bon escient revient à se discréditer dès le départ.
Le fascisme a une définition historique
précise : c'est une idéologie guerrière et totalitaire, fondée sur la masse du "peuple" entièrement soumise à un chef ( ce qui revient à n'envisager que la dictature comme mode de gouvernement ), auquel un culte est voué et qui doit la mener à l'avènement d'un "homme nouveau".
Sarkozy en est très loin, quoi qu'on puisse dire. C'est effectivement un démagogue, qui aimerait bien verser dans le populisme, et il est assurément en faveur d'un Etat policier. Pourquoi ? Parce qu'il pense que c'est seulement comme ça qu'on peut résoudre les problèmes. Or c'est faux, bien sûr, mais cela lui permet de s'agiter et de donner l'impression de faire quelque chose. En réalité, il ne fait rien : ses réactions se font toujours "à chaud", pour privilégier l'actualité ( et passer au journal de 20h... ), au détriment d'une véritable réflexion sur le fond, qui, seule, permet de dépasser le court terme ( si tant est qu'il y ait des résultats sur le court terme avec une politique pareille ).
Mais ces pratiques ne sont en aucun cas fascistes : il n'y a ni culte du chef, ni glorification de la force pour la force, encore moins d'aboutissement à un "homme nouveau". Là où il pourrait risquer de verser dans une tendace fasciste, c'est la façon dont, implicitement, il discrédite les autres hommes politiques en prenant bien soin de se démarquer, voire de se désolidariser, d'eux, ce qui n'est pas très loin du "tous pourris" des extrêmes ( droite comme gauche ). Mais il n'ira jamais jusque là, pour la bonne raison qu'il ne peut nier faire partie du séraïl autant qu'eux ( pour preuve : son cumul hallucinant des mandats ).
Sarkozy fascine et déchaîne les opinions parce qu'il détonne. S'attaquer aussi violemment à lui revient encore à jouer son jeu, parce que cela lui fait de la publicité, sans démonter ce qui se cache derrière ( même remarque pour Le Pen ). Or c'est seulement ainsi qu'il est possible de le neutraliser : en démontant calmement et avec
précision la "face cachée" du "sarkozisme" ; cela permet de détruire toute tendance à la fascination et de le mettre hors jeu en faisant réfléchir pour trouver de vraies solutions.
Je ne suis d'accord ni avec lui, ni avec sa politique "sécuritaire". Je me sens même particulièrement interpelée par ses "dérapages", qui rappellent, là encore, effectivement ceux de Le Pen et qui témoignent d'un manière d'agir assurément perverse, en ce sens qu'elle consiste à dire, tout en faisant comme si on ne disait pas. Mais même si tout ça ne sent pas bon et même s'il faut le dénoncer, Sarkozy n'est pas fasciste.