Dimitri, le chercheur:
et voilà, il semble bien qu' on ait découvert cet endroit-là! Probablement, le couloir muré se cache derrière cette paroi, perpendiculairement à cette dernière. On a déjà trouvé d'autres couloirs semblables, ils aboutissaient généralement à des couloirs comme celui où nous sommes maintenant, mais - on ne sait pas pourquoi - tous ont été condammnés.
Vladimir Starodoubcev, le
préposé du patrimoine national:
Il y a des tunnels qu' ont a fait sauter. Par exemple celui de 600 mètres qui s'étendait de la forteresse Totlebain jusqu'aux batteries côtières. Il faut faire bien attention dans cette histoire, avant tout se renseigner dans les chroniques. Il faut retrouver quand, d' après les documents restants, on les a fait sauter et dans quel but. On a fait soit sauter un tunnel en entier ou en a simplement obstrué une partie. Il y a beaucoup de mystères dans la forteresse.
Dimitri, le chercheur:
Voilà l' aboutissement d' un tunnel artificiellement muré. Il y a certainement quelque chose de l' autre côté de ce mur, il faut le démolir, l' examiner pour regarder enfin ce qui se cache derrière.
Sous les décombres des tunnels sautés et derrière la maçonnerie des murs dérobés qui cachent les entrées de chatières non visitées, on peut tomber sur de différentes choses: munitions de guerre, restes des soldats soviétiques, fusillés par les nazis, dépôts d' équipement militaire et d' armes du XIXième siècle, et sur d'autres découvertes inattendues.
Pendant la Grande Guerre Nationale , on a vu décharger dans le plus grand secret le bâteau-vapeur d'armes et de provisions et les transporter au fond de la forteresse pour les défenseurs de la ville. L' opération était menée par des troupes de NKVD (initiales à traduire peut-être, pour savoir de qui il s' agissait...?) et pourtant personne n' a la moindre idée d' où est passé le
frêt. La clé de ce mystère se cache dans la terre, de même que les autres énigmes de l' histoire séculaire.
Dimitri, le chercheur:
Curieusement, le nom de Kertch, généralement normalement utilisé, n' apparu pas avant le Xième siècle. Ce nom a été inventé par des colons russes qui s' installèrent "du côté de Tamanie" (si Tamanie est une ville, ou "du côté de la Tamanie" (si Tamanie est une région).
À l' origine, on prononçait Kertch "Kortchev", et c'est justement le nom qu' on peut voir écrit sur la pierre de Timoutarakanie, qui se troue actuellement à l' Ermitage.
Les Italiens ont appelé Kertch "Chercio", et les Turcs, qui ont pris la ville en 1475, l' ont appelé "Cherzetti".
Grégorie Orél, le militaire (que veut dire "en D"?:
La ville de Kertch a plus de 2600 ans. Auparavant, cet endroit était nommé Panticapée, la voie du poisson, le gué du boeuf ou le gué de la vache. Bien entendu, les hommes peuplaient cet endroit depuis l' Antiquité. Il y a toujourseu des forteresses ici, sans doute n' étaient-elles pas aussi grandes que celle qu' on peut voir aujourd' hui, mais elles étaient bien là, on retrouve encore leurs murs.
Autrefois, il y avait des colonies antques. Il y a plusieurs souterrains cachés au-dessous de Kertch, et pas seulement là. Mais jusqu' à
présent,on a fait sauter beaucoup de tunnels, des dizaines de kilomètres de galeries.
Dimitri, le chercheur:
les Grecs, les Romains, les Kahazars, les Petchenègues, les Polovets et les Tartares se remplacèrent les uns après les autres. À la fin du Xième siècle, le Grand-Duc Vladimir conquit ce territoire et créa ici, dès son triomphe à Hersones, le Grand-Duché de Tmutarakan.
Toutefois, les Russes n'ont pas dominé ce pays pendant longtemps. Dès le début du XIIiéme siècle, toute mention de la Timoutarakanie disparaît complètement des annales après la nouvelle invasion plovetsienne. Et les Tartares délogent au XIIIième siècle les Polovets pour s' installer au littoral de la mer d' Azov et en Crimée.
C' est à ce moment que commence la nouvelle époque turco-tartare de l' histoire de la ville Kertch et que la forteresse carrée faite en pierres surgit au bord de la mer. Sa circonférence faisait mille pas. Elle avait quatre portes cochères. À celle de l' ouest était écrit: "Entrons-y en paix!" Les Tartares ont passé beaucoup de temps à lancer des raids sur les territoires voisins. On connaît leur passion de l' or et des bijoux. A l' époque de l' hégémonie Tartare, c' est dans ce pays qu' était concentrée leur richesse fabuleuse. Qu' est-il devenu de tout cela? Tout le monde l' ignore. Selon la légende, il y aurait des cachettes qui gardent les trésores des Khans de la Crimée...
Les plus grands mystères sont liés aux passages secrets et aux tunnels de la place forte.
Selon le projet de Totlebain, ils s' étendaient sur trois kilomètres. C' étaient d' une part des galeries anti-minières, construites au-delà du périmètre de la forteresse, et qui servirent aux soldats à explorer les travaux de sape des ennemis. D' autre part, plusieurs passages destinés au déplacement rapide et massif des troupes de la forteresse. Ces tunnels étaient même adaptés au mouvement de chariots chargés.
On avait
prévu des dizaines de ramifications, des impasses et des dépôts de munitions et de vivres dans la forteresse.
À
présent, la plupart de ces édifices ont été fait sauter et sont en ruine. Et les plans, qui auraient pu aider à les retrouver, ont disparu.
À l' époque où la construction de la forteresse fut achevée, on mis en service les armes à canon rayé à la place des armes à canon intérieurement lisse. La nouvelle artillerie permettait de tirer plus loin et d' être plus meurtrière.
À la pointe de l'art du génie militaire, la forteresse se transformait peu à peu en coulisse militaire efficace.
C' est ainsi que dans les années 1877-1878, pendant la IIième guerre turco-russe, la forteresse effarouchait l' adversaire simplement par le fait de son existence. Les Turcs n' ont même pas osé entrer dans le détroit...
Il revient un peu de la fatalité que cette construction grandiose, à laquelle des forces humaines et des moyens inadmissibles ont été employés, n' a en fin de compte pas eu d' histoire militaire digne. La forteresse était-elle peuplée d' ombres?
Les fantômes de la forteresse... Beaucoup d' eux de sont pas anonymes. On peut même les appeler par leur nom de famille: l' usage de laisser son autographe sur les murs était apparu chez les soldats russes depuis bien longtemps:
En 1901 - Tchirinin, en 1911 - Kotchetkov. Regardez ici, les gars, c' est 1916, et là-bas ils sont plus vieux: 1909.
Des centaines de soldats sont passées par la forteresse pendant les 150 dernières années, en y laissant des traces de leur séjour. Non seulement des russes, mais aussi des soldats du IIIième Reich, qui avaient envahi la citadelle dans les années quarante, ont laissé ici leurs signes de conquête. On a l' impression de ces gens, qui ont vécu il y a longtemps, nous contemplent depuis l' au-delà au travers de ces graffitis muraux. Leurs cendres ont disparu à jamais, peu-être ont-ils été oubliés par leurs descendants. Mais la forteresse garde grâce à ces inscriptions le mémoire de ses soldats perdus. On peut les lire comme dans un vieux livre rare, ces messages venus des temps anciens et matérialisés dans la pierre. En venant ici, bien des personnes vivantes de nos jours peuvent voir tout à coup le nom de leur ancêtre écrit sur le mur.
Les fantômes de la forteresse se rappellent bien comment la vie battait son plein autrefois dans ces murs, dont la paix ne troublent aujourd' hui que le vent et les rares visiteurs:
excursionistes, maraudeurs (désolé, mais je ne sais pas ce que signifie le mot "extrémals"... Pourrais-tu me l' expliquer pour que je puisse en trouver un équivalent en français? Merci!)
On essaye de suivre les chemins parcouru par les anciens officiers russes, ou plutôt ce qu' il en reste. Ces marches sont vacillantes, comme l' histoire elle-même, et cela fait peur aussi de les descendre.
Des légendes funestes entourent invisiblement la forteresse. Les habitants du lieu évitent d' approcher cet endroit après la tombée de la nuit. Des gens ont disparu ici sans laisser de traces. Un troupeau pâturant dans ces collines s' évanouit comme par enchantement.
Grégorie Orél, le militaire (en D = ?): il arrive que des troupeaux de moutons disparaissent sous terre et qu' on les retrouve une semaine après à cause du relent. Des vaches, mises à paître à cet endroit pour l' engraissage, en sont aussi disparues. Et ce parce qu' il y a plein de puits d' aération dans la forteresse, même un homme pourrait y tomber. Il y a une quinzaine d' années, on a retrouvé une femme dans un de ces puits, l' enquête a constaté que c' était un acident. Il est dangereux de passer par ici, une fois (qui est exactement "l' enseigne"? Il nous faudrait trouver un mot plus explicite, plus exact = une enseigne - en français - est une pancarte... Peut-être ton mot est-il dérivé du mot "enseigner", ce qui aboutirait au mot "maître d' école" ou "instituteur") est tombé dans un puit d' aération, et il en ressortit à grand-peine, après y a voir passé deux jours. Il tomba
près de la sixième caponnière, le puit est très profond, je n' ai pas la moindre idée comment il a pu réussir à en sortir. On y a trouvé beaucoup de militaires qui avaient disparu pendant la deuxième guerre mondiale. La momie d' un adjudant-chef, vêtu d' une capote, était
prés de l' ouverture d' aération du côté du 7ième dépôt. Grâce au médaillon qu' il portait, on a retrouvé sa soeur...
À partir d' ici, ce n' est pas clair. Je te propose:
"quand elle vint, on l' enterra dans la fosse commune" (c' est-à dire que la soeur de l' adjudant-chef vint et qu' on enterra son
frère dans la fosse commune) Dis-nous si tu voulais dire autre chose)
Pendant toutes les années passées, la forteresse attendait ses investigateurs. Mais pour pénétrer les mystères des souterrains, il est nécessaire d' avoir non seulement l' expérience d' un historien ou d' un archéologue. Il est possible que les fantômes - les vrais maîtres de la forteresse antique - aient envie de prendre possession des vivants.
Les branches froides sont comme si elles etaient mortes
Les gouttes de pluie grelottent sur la toile d' araignée
Seuls les murs gris et les vieux fossés ronds
Gardent tranquillement les secrets du passé
De la réalité turbulente.
Alexei, (je ne sais pas exactement ce que tu entends par "folkloriste": est-ce quelqu' un qui s' occupe du patrimoine du pays, de son histoire, ou bien a-t-il une autre fonction?:
Le général-adjudant Totlebain était l' architecte. Il a réalisé sa vision dans cette forteresse. À mon avis, il aurait pu être - de même que les autres hauts dignitaires de ces temps reculés - franc-maçon. Ce qu' il y a de particulier, c' est que la franc-maçonnerie a rapport avec l' architecture, c' était une sorte d' atelier privé. Selon la légende de la Grèce ancienne, Ahid - ou le royaume des morts - se trouvait quelque part ici, et c' est justement le général Totlebain qui l' a fabriqué. Les gens tombés à cet endroit pendant la seconde guerre mondiale peuplent ce royaume. La première guerre mondiale a laissé la forteresse de côté. Ensuite, il y eut la révolution et la guerre civile. La place forte devint tantôt bolcheviste, tantôt garde-blanchiste. En 1920, les troupes du baron Vrangel s' arrêtèrent ici. Dans la forteresse, ses armées ont donné le dernier bal, avant le départ de la Russie (ou bien: "avant leur départ pour la Russie", ce qui serait le contraire... -> à vérifier!) Elles ont parties pour revenir, mais elles ont achevées leurs jours à l' étranger. Les pentes verdoyantes de la forteresse de Kertch - le dernier coin du pays natal qu' ont pu contempler les troupes décrochées de Vrangel.
Dmitri, le chercheur:
À la fin du XIXième siècle, les militaires comprirent qu' avec le perfectionnement de l' arme à canon rayé, la forteresse perdrait sa nature de fortification. La flotte de guerre devint plus profonde, donc elle ne pouvait pas passer le détroit. De plus, l' adversaire principal de la Russie était à ce moment-là l' Allemagne et non la Turquie. C' est pourquoi, déjà vers l' année 1915, il ne resta qu' une seule garnison dans la forteresse, pour garder les dépôts militaires.
Grégorie Orél, le "militaire en D":
Dès 1920, la forteresse fut utilisée comme arsenal par la marine de guerre de l' URSS. Sur ce terrain se trouvait le stock de munitions d' artillerie destiné aux bâtiments de guerre. On a stocké les munitions de guerre pour l' aéronavale dans la place forte de Totlebain. C' était elle qui ravitaillait les flottes de guerre Balte, du Nord et de la Mer Noire. En 1941, lorsque l' Allemagne attaqua l' URSS, la flotte Balte fit trois raids aériens sur Berlin avec ces munitions.
Dmitri, le chercheur:
Après la 2ième guerre mondiale, Kertch s' est vu attribuer le statut de "ville héroique" (avec 2 points sur le i) À vrai dire, la dénomination de "ville martyre" aurait plus répondu à la réalité. La défense avait mal été organisée, une foule de gens était perdue. Ici, dans cette forteresse, un bataillon disciplinaire de 1200 soldats se défendit seul.
Grégorie Orél, le militaire "en D." ??: c' étaient des matelots et des soldats de la région mílitaire d' Odessa, c' étaient des hommes braves et héroiques (avec 2 points sur le "i") Quand on a annoncé le départ du bataillon aux champs de combat, ils poussèrent des "hurras" pendant deux jours. Ils
préféraient mourir pour la Patrie plutôt que de rester dans leur bataillon disciplinaire, qui était en seconde place au point de vue cruauté dans l' Union Soviétique. Puis on les lançait au front en leur donnant cent grammes de vodka. Les soldats des bataillons disciplinaires savaient qu' ils ne pouvaient compter ni sur un appui de l' artillerie, ni d' une assistance médicale ni de secours matériel. Ils bouchaient leurs blessures faites par balle avec de l' ouate tirée de leurs cabans. Ils firent le serment se battre jusqu' à la mort et ils accomplirent leur devoir. Tous les soldats morurent en héros
(je dois m' arrêter ici, je continuerai plus tard....
Androc)