Pour Lina:
L’Histoire et l’objectivité… Un sacré programme. Pour ma part, je tends à penser que l’objectivité dans ce domaine n’existe pas : nous sommes tous héritiers d’une histoire personnelle, d’un passé, d’une vision du monde modelée par un environnement, et si tendre à l’objectivité est un objectif en soi tout à fait honorable, n’est-il pas illusoire ? Constater un fonctionnement dans une logique empirique, c’est déjà lui donner plus de valeur qu’un autre fonctionnement (personne ne peut être exhaustif), c’est un choix qui implique déjà une inclination liée à des expériences antérieures. On peut espérer maîtriser ce penchant en croisant les points de vue, mais si ce croisement apporte de nombreux et passionnants éléments de réflexion, les interprétations indispensables qui seront faites pour restituer des chaînes logiques dans les événements restent imprégnées de la nature de celui ou de ceux qui interprètent. Ca ne dévalorise absolument en rien le travail de l’historien qui se charge de mettre en lumière des faits et des situations destinés à rendre palpable la vérité des faits, mais cette vérité me semble surtout avoir pour vocation d’éveiller la curiosité et d’engager la réflexion du citoyen lambda, pas d’être irréfutable car validé définitivement par un comité d’experts, vous avez d’ailleurs souligné la possibilité de retour sur une approche d’un moment. Tout ça pour dire que l’historien, quel qu’il soit, fournit un travail éminemment respectable dont la portée vise à mon sens à une meilleure compréhension des événements, mais à l’inverse des sciences « hard », les mécanismes examinés
prêteront toujours à débat. Alors que les mécanismes de la gravité terrestre sont, eux, suffisamment testés par les architectes et l’aéronautique pour que l’on dispose de certitudes totales, non soumises à l’interprétation. Assumer sa subjectivité peut être une manière de contourner l’obstacle : c’est une manière de dire « maintenant vous savez quelle est ma grille de lecture, voici les faits que je mets et en lumière et l’interprétation que j’en donne, ajustez en fonction de votre vision du monde, et voyez ce que cela vous apporte ». Les subjectivités peuvent être des subjectivité de qualité, bien construites, et c’est peut être à cela qu’il faut tendre, et c’est peut être là le travail de l’historien : nous aider à bâtir des subjectivités bien faites dans notre rapport au passé.
Enfin ce n’est que mon avis

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