- exigence des dépôts de garantie et réserves obligatoires à la banque centrale alors que les banques islamiques ne devaient pas garantir les dépôts de leurs clients considérés comme associés dans leurs opérations de fructification ;
- exigence de plans comptables non adaptés aux opérations financières des banques islamiques, avec les tracasseries administratives de la surveillance prudentielle, du contrôle de la monnaie, de la fiscalité, etc.
Les difficultés étaient et demeurent réelles. Elle sont d’autant plus difficiles à surmonter pour les banques qui opèrent dans plusieurs pays à travers le monde, appliquent des règles relevant de différentes juridictions nationales, qui leur posent des problèmes de comparabilité et de transparence. D’autre part, comme toute entreprise économique, une banque islamique devait d’abord être une entreprise financièrement viable, faisant des bénéfices et intéressant les détenteurs de capitaux désirant investir et fructifier leurs avoirs tout en observant les exigences de la Shari’a. D’emblée, les études de faisabilité du projet se sont concentrées sur ces exigences minimales et pragmatiques tout en observant les limites du permis par l’Islam. C’est ainsi que les études et les pratiques ont initialement limité le cadre et le contenu du projet de l’entreprise islamique en général et de la banque islamique en particulier à ce qui la différencie de l’entreprise non-islamique : éviter dans les contrats conclus le financement d’activités interdites comme la production ou le commerce d’objets prohibés. Toutefois, les nouveaux horizons ouverts par les banques islamiques et leur respect des principes islamiques n’ont pas été exploités comme ces principes le méritaient. Le court terme avait pris le pas sur le long terme et l’aspect financier et économique avait caché tous les autres aspects, notamment les attentes sociales des partenaires et des collectivités dans lesquelles elles agissent, ainsi que l’observance du respect des conséquences écologiques des investissements financés ne serait-ce que sous l’analyse des risques bancaires où seuls sont pris en charge le risque commercial et le risque pays19.
Pourquoi et comment?
Une entreprise islamique est un collectif vivant, un ensemble de ressources humaines et économiques qui a un très fort impact social, économique et environnemental ; elle a un large potentiel de développement et de progrès sur la base de ses propres valeurs. L’entreprise islamique a un nom et une image à protéger à faire connaître et à protéger, un patrimoine civilisationnel à fructifier et des responsabilités sociales et environnementales à assumer. Une image améliorée sur le marché international lui permettrait aussi de mobiliser plus de ressources pour satisfaire des besoins croissants de développement responsable. Pour mériter de s’appeler islamique, l’entreprise doit l’être à l’égard de ses associés, de ses salariés employés, clients, déposants ou investisseurs, fournisseurs et ses sous-traitants, entrepreneurs, revendeurs ou consommateurs, associations et organisations non gouvernementales, collectivités locales, administration et la société en général et vis-à-vis de l’humanité dans son ensemble. Elle doit être islamique avec les habitants du quartier où elle est implantée, de la ville et du pays où elle a ses bureaux et ses ateliers, avec les dirigeants de la ville et du pays. Toute entreprise a des partenaires économiques et sociaux: l’entreprise islamique a une autre responsabilité en ce qu’elle est porteuse d’un message et d’une mission pérenne. Les un milliard deux cents millions de membres de la communauté islamique ont intérêt à la réussite de l’entreprise islamique et sont donc des parties prenantes à ses résultats économiques, sociaux et environnementaux. L’entreprise est islamique aussi vis-a-vis de toute la création, en évitant de polluer l’atmosphère, l’eau et la terre, en utilisant ses ressources avec épargne et sagesse, en sachant substituer graduellement aux ressources ayant des effets négatifs sur les humains et sur l’environnement des ressources naturelles renouvelables, en épargnant l’énergie qu’elle utilise et l’eau qui est source de vie, en évitant de faire tort aux autres créatures soit directement soit indirectement. Toutes les espèces vivantes sont considérées par le Qur'an (6/38) comme étant des "communautés" (umam) identiques aux commaunautés humaines. La création dans sa diversité et sa complexité est un vaste univers des "signes" de la puissance, de la sagesse, de la bienfaisance et de la majesté d’Allah. La création entière LUI rend hommage (Qur’an 59/24; 64/1). L’activité d’une entreprise islamique exige donc l’observance dans toute opération de l’activité quotidienne des principes islamiques dans une perspective de prudence, de miséricorde, de durabilité ou d’éternité et, avant tout, de responsabilité islamique.
Certes, la banque en général ne pollue pas directement, mais son activité de financement de l’économie en fait un responsable indirect de tout ce qui se fait avec ses ressources. Les banques islamiques sont davantage responsables car elles sont associées aux opérations commerciales, agricoles et industrielles de leurs partenaires. Elles ne sont pas des
prêteurs passifs attendant seulement les intérêts; elles ont plus de possibilités pour influer sur leurs associés que les banques classiques. Elles financent des activités industrielles et agricoles qui peuvent provoquer des catastrophes environnementales et des atteintes graves aux humains. Le secteur bancaire et financier a un rôle actif vital dans tous les projets économiques et se voit donc aussi responsable des abus de … ses clients et associés20 dans la sphère de son influence juridique, politique, économique et géographique.