L’exemple de l’initiative des leaders
Dans un passé récent, les banques islamiques avaient pu se développer à une allure incroyable parce qu’elles répondaient à de réels besoins éthiques, sociaux et économiques13. Il y a peu d’années, dans de nombreux pays islamiques, les institutions islamiques étaient souvent les plus dynamiques et les plus innovantes14. Malgré les défis d’ordre économiques et politiques15, elles avaient régénéré le droit musulman et la théorie des contrats (offrant des produits financiers différents avec les contrats de murabaha, mucharaka, mudharaba, etc. devenus des instruments indissociables du système) et révolutionné le monde de la finance en insistant sur les principes de l’interdiction de l’intérêt « fixe et
prédéterminé » (riba)16, de l’encouragement du partage équitable des risques et des bénéfices (al-Ghunmu bi al-Ghurmi) et celui du partage de responsabilité. Elles avaient donné naissance à une intense activité doctrinale et opérationnelle et capté l’épargne, procédé à son utilisation dans les opérations commerciales et dans les financements sociaux et économiques. Elles avaient aussi réussi à drainer la zakat pour son usage conforme à la Shari’a17. Elles avaient pratiqué l’investissement solidaire en fournissant des financements à des personnes et communautés défavorisées, des associations ou des entreprises d’insertion qui, autrement, n’auraient pas pu en bénéficier dans des conditions de marché. Elles avaient donné aux activités bancaires quotidiennes une perspective éthique – mais sans épuiser leur potentiel extraordinaire. Parallèlement avaient été créés des fonds islamiques, des indices boursiers et des services de notation. Comme symbole de leur intégration dans l’économie globale, il existe même un « indice Dow Jones du marché islamique ». Elles avaient fait l’objet dès le début d’une rude concurrence. Les banques classiques fonctionnant depuis le Moyen-Âge sur la base de l’intérêt bancaire avaient été obligées d’ouvrir des guichets islamiques, et des "comptes islamiques" leur permettant d’économiser les intérêts que les musulmans refusaient de prendre. D’autre part, ce mouvement avait enclenché une extraordinaire activité intellectuelle en Occident même18. Les banques islamiques avaient obligé les banques classiques à réorienter partiellement leurs activités, et attiré l’intention de ces dernières pour récupérer l’épargne disponible dans ce nouveau marché, notamment lors du premier bond des prix du pétrole dans les années 1970. Malgré l’avancée co nsidérable qu’elles ont impulsée en matière de recherche académique et opérationnelle, traduite concrètement dans l’activité financière et économique, les banques islamiques n’ont pas développé tout le potentiel que les principes sur lesquelles elles sont bâties recèlent.
Certes, ce n’était pas facile de devenir une banque islamique, d’autant plus que les gouvernements et les banques centrales, y compris dans les pays musulmans ou à majorité de musulmans, s’en tenaient à des réglementations coloniales traditionnelles et se montraient réticents pour trouver d’autres réponses que celles données aux banques classiques :