Cet article a moins la
prétention de répondre à toutes ces questions qu’à ouvrir le débat sur la responsabilité des leaders des entreprises économiques et banques islamiques de donner toute sa signification au concept de la qualification ‘islamique’ et étendre son potentiel positif, quel que soit le secteur de leur activité.
Actualité de la Good Governance et de la Corporate Social Responsability
Aujourd’hui, les sociétés civiles des pays démocratiques revendiquent un commerce plus équitable (manifestations au cours des sommets de Porto Allègre, Seattle, Gênes, etc.), et des associations exigent des multinationales le respect des valeurs humaines et celui de l’environnement. Des mouvements se qualifiant de ‘verts’, qui est la couleur bénite des musulmans, attirent l‘attention sur la responsabilité des multinationales sur les catastrophes humanitaires et environnementales. Les gouvernements et les organisations inter-gouvernementales sont sensibles à ces justes revendications. Les conférences de Rio (1992) et de Johannesburg (2002) exprimaient la nécessité d’imposer aux Etats de concrétiser les soucis du social et de l’environnement par des mesures concrètes, afin d’assurer un développement durable. Parce que le développement durable est transversal par nature et qu’il pose un défi fondamental également aux organes de l’Etat (législatif, gouvernement et justice) qui, au nom du bien commun, doivent, sinon imposer des contraintes, du moins, protéger la communauté et l’environnement, les gouvernements des pays islamiques ne pouvaient rester passifs devant le modèle économique et financier émergeant en rapport avec les normes internationales requises (par exemple celles de l’OCDE, du Comité de Bâle, etc.), un modèle qui tend à assurer, tant au niveau macro que micro économique, par l’inter-action entre les gouvernements, les entreprises et les sociétés la juste balance des intérêts respectifs dans l’action de développement durable. La Déclaration sur le développement durable de la première conférence des ministres de l’environnement tenue à Jeddah les 10-12 juin 2002 (29 rabi’e awal et 1 rabi’e thani 1423) proclamait en son article 6f, au sujet des défis du 21ème siècle, que: “Preservation of the civilizational heritage given its cardinal role in sustainable development, for it contributes to entrenching the cultural identity, preserves its specificities, protects it from melting, helps shape an independent personality of individuals and groups, provides a powerful impetus to the developmental action to defend the national and religious personality and safeguard the common future, and stresses the spiritual and moral dimensions advocated by the heavenly religions has a positive impact in respect of pushing development towards the good, righteous deeds and social solidarity”. Cette déclaration n’est pas seulement défensive ; elle renouvelle aussi l’engagement des pays islamiques à traduire sur le plan local l’Agenda 21 du sommet de Rio sur l’environnement. Depuis le forum sur l'environnement selon une perspective islamique tenu à Jeddah les 23-25 octobre 2000 (26-28 Rajab 1421), de nombreuses déclarations officielles ont affirmé le rapport organique entre l'homme et la terre en termes d'existence et de développement. Mais ces nombreuses déclarations1 et résolutions prises2 ne se sont pas traduites par des mesures concrètes applicables par les entreprises. Le sujet est pourtant d’une actualité brûlante. A notre avis, les entreprises des pays arabes et musulmans et, surtout, les banques islamiques ne doivent pas attendre que les gouvernement prennent des mesures. Elles devraient plutôt adopter une démarche pro-active de sélection et d’inclusion des « bonnes pratiques » de gestion sociale, environnementale et économique.